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Journal de la littérature, des idées et des arts 13/05 – 26/05 2026

En attendant Nadeau

Aimé Césaire Cahier d'un retour au pays natal
À gauche : Feuillet 36 de A semblable à celui de de V. À droite : Fin de A © Bibliothèque de Marseille/Fonds rares et précieux/Ms(Ballard)2234/Bibliothèque de l’Assemblée nationale

Une nouvelle archive de « Cahier d’un retour au pays natal »

On fait souvent des trouvailles exceptionnelles dans les archives. Découvrir à la Bibliothèque de l’Alcazar de Marseille une version dactylographiée antérieure à celle publiée de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire fait lire autrement un poème phare. C’est une très belle surprise.

Éditorial

Quelle Méditerranée ?

Non une barrière, mais un brassage de cultures, d’échanges, de diversités. Notre dossier sur la Saison Méditerranée 2026 en témoigne d’emblée, avec quatre articles sur quatre pays différents, abordant la question du passage d’une langue à l’autre, de la traduction  – ou de son absence – et du plurilinguisme. Maya Ouabadi analyse deux livres posthumes d’Assia Djebar qui montrent combien cette écrivaine centrale des lettres algériennes était une « écouteuse des langues ». Chakib Ararou nous offre une synthèse passionnante sur la littérature marocaine arabophone du vingtième siècle, largement inédite en français.

Sommaire

Michèle Finck
L’arrière-silence
par la rédaction d’EaN
Bruno Grégoire
Et amarres invisibles
par la rédaction d’EaN

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Iman Mersal, poète et écrivaine égyptienne, enseigne la littérature arabe à l’université d’Alberta (Canada). Elle est traduite en français par Richard Jacquemond, professeur émérite de littérature arabe moderne à Aix-Marseille Université. Ils élaborent ici, à partir de leurs positions et de leurs expériences respectives, une réflexion originale sur les contraintes et les malentendus de l’exportation de cette littérature dans les centres français nord-américains de l’espace littéraire international, mais aussi sur la place de la traduction dans la culture arabe moderne.
Un texte multicolore transcrit sur fond noir parsemé de paillettes dorées. Le texte reprend des paroles en arabe de l’émir de Yatrib, de Batha et de Nahhaf, qui font référence aux paroles du prophète Mahomet © © CC BY 4.0/Wellcome Collection

L’arabe en partage

Saison Méditerranée 2026 – Iman Mersal, poète et écrivaine égyptienne, est traduite en français par Richard Jacquemond. Ils engagent ici un dialogue fécond sur la place de la traduction dans la culture arabe moderne.
Majdalani - S Méditerranée - Sarah
Fenêtre sur Beyrouth (2022) © D.R.

Sarah entre les mots et la guerre

Saison Méditerranée 2026 – La traductrice Sarah Chahine raconte comment elle a dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, dès le premier jour de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Et l’obstination qu’il lui faut pour poursuivre aujourd’hui son travail.
Littérature marocaine de langue arabe
« Sans titre », Karim Bennani (1976) © CC0/WikiCommons

Une marge vive : la littérature marocaine de langue arabe

Saison Méditerranée 2026 – Les livres marocains contemporains de langue arabe sont trop peu traduits. Premier volet d’une introduction stimulante à l’histoire de cette littérature qui refuse sa minoration et son effacement.
Assia Djebar, La beauté de Joseph, Éditions Barzakh, 128 p., 1000 da Mireille Calle-Gruber et Anaïs Frantz (dir.), Assia Djebar. Le manuscrit inachevé
Assia Djebar © CC BY-SA 4.0/WikiCommons

Assia Djebar : de l’écoute et des questions

Saison Méditerranée 2026 – Il faut lire ensemble La beauté de Joseph et Le manuscrit inachevé. Deux textes posthumes d’Assia Djebar qui éclairent sa pensée magistralement.  Elle y approfondit les sujets qui l’ont travaillée toute sa vie : les langues, la religion et la condition des femmes.
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Gaspard Koenig, Aqua,
Château d’eau de l’hôpital Marchant, Pierre Debeaux architecte (1963) © CC BY-SA 4.0/Vincent Boutin/WikiCommons

Crise de l’eau

Après Humus, Gaspard Koenig poursuit son projet de tétralogie sur les éléments. Aqua est un livre politique et satirique qui invite à mesurer la valeur de l’eau.
Quentin Hiernaux, L’individualité des plantes. Essai d’histoire et de philosophie de la biologie végétale,
« Février azur », Igor Grabar (1904) © CC0/WikiCommons

La boutique des horreurs chlorophylliennes

Dans L’individualité des plantes, Quentin Hiernaux démonte bon nombre de lieux communs relatifs à l’univers végétal. Il nous fournit ainsi avec clarté un terrain de réflexion pour penser la crise écologique.
Veronique Brindeau, Les arbres de Nagasaki
Hibakujumoku (Nagasaki) © CC0/WikiCommons

« Ombra mai fu »

Dans Les arbres de Nagasaki, Véronique Brindeau mène le lecteur à travers les rues de cette ville à la recherche des hibaku jumoku, « les arbres victimes de la bombe » qui survivent jusqu’à aujourd’hui.
Michèle Finck, L’arrière-silence, éditions Arfuyen, 224 p., 18€, Bruno Grégoire : Et amarres invisibles, Olivier Gallon - Phrase entendue dans un rêve, YarYna Chornohuz, C'est ainsi que nous demeurons libres, Karine Miermont, Les instants les merles, photographies de Bernard Plossu,  Mohamed El Amraoui – Migration -La rumeur libre Le blog des Découvreurs
« Qu’est ce qu’un poème ? » © Hélène Perret

Traits d’union poétiques

Dans le contexte d’aujourd’hui tout semble concourir au recul de la poésie, à son empêchement. Mais malgré les obstacles, il nous faut résister à la morosité et montrer obstinément sa valeur et son acuité.
Jacqueline Manicom, La Graine
« Vous les abandonnez et vous chialez ; ça ne prend pas, les grimaces !… ». Illustration dans L’Assiette au beurre (21/09/1907) (Détail) © Gallica/BnF

À faire naître

Il y a cinquante ans paraissait La graine. Journal d’une sage-femme de Jacqueline Manicom. Un témoignage salutaire et saisissant, dans lequel les souffrances des femmes – accouchements, fausses couches, avortements dissimulés, violences gynécologiques, racisme… – sont décrites sans fard.
Ama Ata Aidoo, Notre Sœur Rabat-Joie. Méditations obliques d’une Noire.
« Joueurs de dominos », Horace Pippin (1943) © CC0/WikiCommons

L’expérience du jeu d’échecs

Cinquante ans après sa parution, Notre Sœur Rabat-Joie, de l’autrice ghanéenne Ama Ata Aidoo, est enfin traduit en français. Ce livre jouissif, féministe et décolonial avant l’heure, est à ne manquer sous aucun prétexte !
Li Shangyin ; Mémoire & Vestiges de la neige, éditions Vagabonde 
« Musiciens au paradis » (Les Caves Dunhuang, Dynastie Tang) © CC0/WikiCommons

La poésie amoureuse de Li Shangyin

Mémoire & Vestiges de la neige est un superbe recueil de Li Shangyin (813-858). Ce maître du « sentiment pur » de la poésie Tang nous offre un bouquet capiteux et austère de poèmes pour dire l’incandescence de l’amour et sa capacité à bouleverser l’ordre naturel.
Abdelaziz Baraka Sakin @ Jean-Luc Bertini
Abdelaziz Baraka Sakin @ Jean-Luc Bertini

Entretien avec Abdelaziz Baraka Sakin : « Calais est leur pays »

L’écrivain soudanais Abdelaziz Baraka Sakin est réfugié en France. Son roman Le corbeau qui m’aimait, mélange magnifique de révolte et d’humour, prend justement pour thème l’exil. Entretien à l’occasion du festival Atlantide 2026.

Chemins de traverse

Au moment où il découvre une ruine du Péloponnèse, Georges Didi-Huberman comprend qu’une lecture de jeunesse le hante : « L’origine de l’œuvre d’art » de Heidegger. Cette révélation est à l’origine de L’éboulis de l’être, interrogeant aussi bien le torrent impétueux du XXe siècle que le refus du « surplombant ».

L’effort et la force

Avec Le troisième livre. Mémoires s’achève la publication des écrits de Nadejda Mandelstam. L’autrice y retrace toute la vie créatrice de celui qu’elle n’a cessé d’accompagner et de soutenir : Ossip Mandelstam.

Révolutions suspendues

Le peintre américain Philip Guston (1913-1980) a oscillé entre abstraction et figuration. Christian Joschke, également auteur d’un grand ouvrage sur la presse communiste illustrée sous la république de Weimar, lui consacre une monographie passionnante.