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253

Journal de la littérature, des idées et des arts 21/10 – 03/11 2026

En attendant Nadeau

Mathias Enard, Hôtel Balkan. Mélancolie des confins II – Est. Actes Sud, 272 pages, 22,50 €
Panorama de Sarajevo, carte postale (1923) © CC0/WikiCommons

Jamais dans le même fleuve

Mathias Enard poursuit avec Hôtel Balkan son exploration de la mélancolie des confins. Récit de voyage, rêverie sur l’histoire et la littérature du Sud-Est européen, son livre diffuse paradoxalement une chaleur à la mesure de ses deuils et ses fractures.

Éditorial

Retrouver un peu de joie

Se réinventer, réinventer son regard, nos langues, nos représentations, nos idées. Un processus sans fin que l’on perd trop souvent de vue. Trop absorbés par l’instant, par des urgences aveuglantes, par l’actualité et ce qu’elle fait jouer dans nos existences. Envahis par des émotions compliquées, submergés par les discours médiatiques, par la succession des informations, stupéfiés par des violences et des colères, on oublie le mouvement des choses, le poids du temps, la beauté aussi de ce qui se passe, le suspens de ce qu’on lit. On oblitère la complexité, on gomme les nuances. Alors, de temps à autre, il n’est pas inutile de changer de pied, de se pencher sur les angles morts, de prendre le temps de penser, de regarder, de parler et d’échanger autrement.

Sommaire

Rowe Irvin
Vie et mort d’une mite
par Steven Sampson
Daria Marx
Tuer le vieux
par Apolline Limosino
LECTURE DU JOUR
Lou Andreas-Salomé : Rainer Maria Rilke, traduction de l’allemand entièrement revue et postface de Jacques Le Rider. Éd. Bartillat, 2026, 174 pages, 18 euros.
Lou Andreas-Salomé et Rilke en Russie, ici avec le poète Spiridon Drozin (1900) © CC0/WikiCommons

Il y a cent ans mourait Rilke

Le centenaire de la mort de Rainer Maria Rilke est l’occasion de rééditer le texte que Lou Andreas-Salomé lui consacra au moment de sa disparition. Fondé sur une abondante correspondance, ce témoignage constitue un magnifique hommage à la mémoire du poète.
Jean-Paul Dubois, Chacun
Jean-Paul Dubois © Jean-Luc Bertini

Résurrections

Chacun, le nouveau roman tour à tour solaire et crépusculaire de Jean-Paul Dubois, brasse les obsessions familières de l’auteur. L’émotion le dispute au rire pour en faire un livre d’une profonde humanité.
Philippe Comar, Pourquoi La Joconde ? L'invention d'un chef d'œuvre, Folio Inédits/ Essais, Gallimard, 153 p., 8,60 €.
Emplacement de la « Joconde » au musée du Louvre après le vol (1911) © CC0/WikiCommons

Le chef-d’œuvre invisible

Ce qui forge la célébrité d’une œuvre en organise en même temps les conditions d’invisibilité. Philippe Comar le montre avec humour et érudition à travers l’exemple du tableau le plus célèbre du monde, La Joconde.
Élise Lespade, Paradisi Gloria.
« La Maison lézardée », Paul Cézanne (1892–94) (Détail) © CC0/WikiCommons

Par moi l’on va en dolente cité

Paradisi gloria, premier roman dantesque d’Élise Lespade, atteint une force à la hauteur de son ambition extrême. Elle mêle puissance tragique, histoire familiale et portrait en négatif de la France contemporaine dans une des réussites les plus frappantes de cet automne.
HOMMAGE
Jean-Paul Champseix
Jean-Paul Champseix © D.R.

La comptine infinie de Jean-Paul Champseix

Jean-Paul Champseix vient de mourir à l’âge de 72 ans à Saint-Malo. Spécialiste d’Ismail Kadaré, il a écrit depuis la création d’En attendant Nadeau des articles d’une grande variété témoignant d’une curiosité formidable et d’un humanisme généreux qui rend la vie plus belle.
Fiertés des champs, un essai de la journaliste Élodie Potente, et Fiertés d’ici, fruit d’une enquête de deux ans menée par les sociologues Clément Reversé et Arnaud Alessandrin,
Marche des fiertés (Périgueux, 28 juin 2026) © Brice Lambert/Fièr•e•s Ensemble Dordogne

C’est la fierté au village

Comment vit-on quand on est jeune et queer en milieu rural ? Deux livres, Fiertés des champs et Fiertés d’ici, éclairent salutairement l’existence en marge des ronces et la résistance à l’envie du tout-à-la-ville.
Manifestations lycéennes, Mouvements lycéens 2026
Manifestation des lycéens (Paris, 13 octobre 2026) © Noame Toumiat

Entretien avec Fabien Truong : « La mobilisation des lycéens est une forme de victoire républicaine »

En ce mois d’octobre, les revendications des lycéens ne sortent pas de nulle part. Le sociologue Fabien Truong montre qu’elles sont la conséquence d’une gestion dégradée de l’école publique, et qu’elles expriment « une demande concrète de dignité au présent ».
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Enguerran Macia, Anthropologie de l’orgasme,
« Vive la vie », Gabriel Robin (1932) (Détail) © CC0/WikiCommons

Pourquoi a-t-on inventé le mariage ?

Dans son Anthropologie de l’orgasme, Enguerran Macia soutient que la stabilisation du lien reproducteur a joué un rôle essentiel dans l’organisation des sociétés humaines. C’est l’une des hypothèses les plus stimulantes de l’ouvrage.
Bibia Pavard, La douleur et le soin. Enquête sur Harvey Karman et sa méthode d’avortement
« Avortement. Gratuit et sans douleur » (Joe Slovo Park, Cape Town, South Africa, 2013) © CC0/WikiCommons

Une révolution sensible

L’historienne Bibia Pavard a mené une enquête mondiale sur la méthode d’avortement de Harvey Karman. Fondé sur des archives inédites, La douleur et le soin fait le récit d’une formidable révolution sensible.
Tuer le vieux de Daria Marx, Flammarion, 2026, Monstre. La légende de Lizzie Borden de Ryan Murphy et Ian Brennan, Netflix
« Tuer le vieux » Daria Marx (Détail) © Flammarion

Vengeances au féminin

Montrer la vengeance de femmes est un moyen de donner la mesure des violences qu’elles subissent. En témoignent le premier roman de Daria Marx, Tuer le vieux, et (avec moins de force) Monstre. La légende de Lizzie Borden, série télévisée de Ryan Murphy et Ian Brennan.
Laetitia Faure, Possédés,
« Maison blanc, la nuit », Vincent van Gogh (1890) (Détail) © CC0/WikiCommons

Toucher la joie du doigt

Dans Possédés, son premier roman, Laetitia Faure montre les dégâts que provoque le déni de la violence familiale. Elle revient sur son histoire personnelle pour interroger les différents moyens de dépasser le traumatisme physique et psychique.
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Rowe Irvin, Vie et mort d’une mite
« Dans les dunes : Souvenir du bois de La Haye », Jean-Baptiste-Camille Corot (1869) © Art Institute of Chicago

English Eerie

Rares sont les livres qui inventent une langue. Vie et mort d’une mite, premier roman de Rowe Irvin, y parvient pour raconter l’adolescence d’une fille élevée seule par sa mère dans une cabane en forêt. C’est un véritable tour de force.