N°
252

Journal de la littérature, des idées et des arts 07/10 – 20/10 2026

En attendant Nadeau

Des romans de Patrick Modiano, on pourrait dire qu’ils sont tous plus ou moins écrits à travers une vitre, voire une vitre embuée. Et de L’éléphant, peut-être plus encore.
« Baiser derrière le rideau », Edvard Munch (1892)(Détail) © CC0/WikiCommons

Derrière les vitres

Plus encore que les précédents romans de l’auteur, L’éléphant semble écrit à travers une vitre embuée. Patrick Modiano y réussit de nouveau un merveilleux tour de passe-passe, pour faire de son livre un chef-d’œuvre de subtilité et d’émotion.

Éditorial

Chasser le désarroi

Lorsque l’actualité est brûlante, les livres, qui se conçoivent, s’écrivent et se publient dans le temps long, peuvent en sembler éloignés. Et pourtant, de biais, par le détour, par résonances, les couleurs du temps les imprègnent, ils aident à les percevoir en profondeur. Alors que partout en France, lycéens et étudiants expriment leurs craintes et leurs désirs – dans leur immense majorité pacifiquement – ce numéro aborde plusieurs premiers romans, œuvres de jeunes autrices et auteurs, dont ceux de Marius Loris Rodionoff et Sammy Lussan. L

Sommaire

Santiago de Paoli
Exposition « Riding Hot »
par Agnès Thurnauer
Jonathan Crary
L’attention en suspens. Crise de la perception dans la culture moderne
par Laurent Jenny
Maxim Schwartz, Le dernier présage de Victoria Woodhull,
« Noyé », Stanisław Ignacy Witkiewicz (1921) © CC0/WikiCommons

La mort de Madame

Le charme du premier roman de Maxim Schwartz, Le dernier présage de Victoria Woodhull, tient à la finesse de ses phrases, à son décor de conte rural, à son ton joyeux. Et plus encore à la juxtaposition fascinante d’une femme ayant vraiment existé et de son domestique, personnage de fiction.
Cyrille Martinez, Josef parK,
« Le chiffonier », Marianne von Werefkin (1917) © CC0/WikiCommons

Mon nom est Personnage

Avec Josef parK, Cyrille Martinez consacre un essai drôle et informé à l’anti-héros du Procès et à Kafka en général. Il nous montre comment on peut comprendre un personnage romanesque sans passer par l’identification.
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Marius Loris Rodionoff/La maison du Lac
« Paysage au bord du Lez », Frédéric Bazille (1870) © CC0/WikiCommons

Portrait d’un jeune homme errant

La maison du lac est un premier roman enthousiasmant. L’écriture foisonnante et truculente de Marius Loris Rodionoff fait de l’errance une manière de résister aux injonctions à réussir, à savoir et à parvenir.
Avec Bernie Leibovitz, sorte de double de l’auteur, Sammy Lussan signe un premier livre en forme de confession mélancolique, sur fond de voyage au Japon.
Naoshima © Jean-Luc Bertini

Lost in translation

Le Japon constitue la matière de Bernie Leibovitz, premier roman en forme de confession errante et mélancolique. Sammy Lussan nous offre un livre attachant, où règne une atmosphère d’étrangeté à soi-même et aux autres.
"Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants", Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle, Pesticides Kids - Enquête sur les enfants victimes des pesticides, Nouriturfu, 158 p., 15 euros.
« Pesticides, leurs ravages sur la santé des enfants », Laurence Huc, Sophie Caron et Marguerite Boutrolle (illustrations) © Les printanières

Pesticides : scandale sanitaire et responsabilité collective

Deux ouvrages consacrés aux ravages des pesticides montrent que des enfants tombent malades et meurent de produits à la dangerosité connue de longue date. Ils dénoncent salutairement la responsabilité des Institutions devant ces scandales qu’elles nient trop facilement.
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Une généalogie de l’attention

Dans L’attention en suspens, Jonathan Crary met au jour l’émergence de la notion d’attention dans la psychologie des années 1880-1890. Il développe la thèse paradoxale selon laquelle la « crise » de l’attention est consubstantielle à cette notion même.

Parler de ce qui empêche de parler

Il se dégage de Winnie, personnage de Oh les beaux jours, une étrange familiarité, qui l’affilie aux autres personnages de Beckett en quête d’étreinte. Catherine Frot s’en fait la magnifique interprète au théâtre des Bouffes parisiens.

Dans la Maison de Peinture

« Riding Hot », l’exposition de l’artiste argentin Santiago de Paoli, réunit une dizaine de grands tableaux. Elle donne superbement à voir le corps-à-corps frénétique, le rodéo existentiel qui unit le peintre à son œuvre.
Miranda Spieler, Esclaves à Paris. Vies cachées et histoires fugitives [2025], tr. de l’anglais par Marc Saint-Upéry, Paris, La Découverte, coll. « Histoire-monde », 2026, 331 p.
« Une sultane buvant du café », Charles André van Loo (1755) (Détail) © CC0/WikiCommons

Assignés à l’esclavage

Esclaves à Paris. Vies cachées et histoires fugitives, de l’historienne américaine Miranda Spieler, est un modèle d’écriture de l’histoire, appelé à devenir une référence incontournable.
Salon de la revue 2026
« La Danse », André Derain (1906) © CC0/WikiCommons

Le Salon de la revue 2026

Le Salon de la revue, dont EaN est partenaire, se déroule ce week-end des 3 et 4 octobre. L’occasion de fêter une énergie et une capacité à résister à des temps défavorables.
Les lieux souterrains, roman fractal et volumineux sur l’histoire secrète qui lie les deux Amériques, et l’Europe, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, le Péruvien Gustavo Faverón Patriau
« Extraction de la pierre », Jérôme Bosch (1500) © CC0/WikiCommons

Histoire de la folie en Amérique

Rentrée littéraire 2026 – La passion du roman possède Gustavo Faverón Patriau qui, avec Les lieux souterrains, relève avec ardeur et audace le défi lancé par Borges ou Bolaño. On gagnera à le suivre dans le labyrinthe de son histoire de la folie en Amérique. 
Tiffany Tavernier, Congés payés
Enfants s’amusant sur la plage de Deauville en Normandie, Agence Rol (1936) © Gallica/BnF

La première plage

Rentrée littéraire 2026 – Dans son nouveau roman, Tiffany Tavernier adopte une écriture remarquable pour imaginer ce que fut l’émotion des premiers congés payés. Elle campe une grandiose épopée à la fois sociale, physique et mentale.

L’invention de la géopolitique

Le pivot géographique de l’histoire est issu d’une conférence que Halford J. Mackinder a prononcée le 25 janvier 1904. Un jour mémorable puisque, sans utiliser le mot, l’auteur y pose les bases de la géopolitique.

Walter Benjamin survivant

De la passionnante correspondance de Walter Benjamin qui reparaît aujourd’hui en poche, émane le chant épuisé d’une lamentation dont chaque strophe semble arrachée à la précarité, à la solitude et à la détresse.

Quand la Stasi faisait (encore) recette…

L’Histoire de la Stasi de Jean-Louis de Montesquiou rassemble des informations essentielles. Mais l’ouvrage propage malheureusement un certain nombre de fausses rumeurs et adopte un ton sensationnaliste regrettable.